Pour un bailleur, un partenaire, un journaliste ou une famille qui cherche de l'aide, le site d'une organisation est souvent le premier contact. En Haïti, ce contact se fait le plus souvent sur un téléphone, avec une connexion lente et instable. Un site absent, trop lourd ou figé depuis deux ans coûte donc cher : en crédibilité, en occasions manquées, et en données mobiles pour celui qui le visite.
Nous avons voulu savoir où en sont réellement les organisations, en mesurant plutôt qu'en donnant un avis.
Ce que nous avons mesuré
L'échantillon compte 44 organisations, tirées de deux sources publiques : l'annuaire des membres du Cadre de Liaison Inter-Organisations (CLIO) et la liste des organisations ayant reçu un financement humanitaire pour Haïti entre 2024 et 2026, selon le Financial Tracking Service des Nations Unies. Toutes les organisations haïtiennes présentes dans l'une de ces sources ont été retenues, soit 20. Pour les organisations internationales, nous avons gardé celles qui figurent dans les deux sources, plus une recensée par la seconde, soit 24.
Le travail s'est fait en quatre temps : une grille de huit critères fixée avant toute mesure, un échantillon tiré de sources publiques, deux passages de mesure sur chaque site, puis la revérification des résultats surprenants, qui nous a fait corriger l'un de nos propres outils.
Les mesures ont été prises le 11 octobre 2026 par des outils automatiques, depuis une connexion ordinaire en Haïti, avec un navigateur réglé sur la largeur d'un téléphone (375 pixels). Pour chaque page d'accueil, huit points ont été vérifiés : le site répond-il, la connexion est-elle sécurisée, la page tient-elle dans l'écran d'un téléphone, combien pèse-t-elle, combien de temps met-elle à s'afficher, de quand date le contenu le plus récent, quels moyens de contact sont visibles, et quels réseaux sociaux sont reliés.
Sur les 44 organisations, 38 sites ont pu être mesurés : 14 haïtiens et 24 internationaux.
Une organisation haïtienne sur quatre n'est pas joignable par un site
Sur les 20 organisations haïtiennes, 4 n'ont pas de site à elles : 3 n'existent en ligne que par une page ou un compte sur un réseau social, et pour la quatrième nous n'avons trouvé aucune présence. Une cinquième a un site connu des moteurs de recherche, mais son nom de domaine n'existe plus. Une sixième a un site qui bloque les outils de mesure ; nous ne l'avons donc pas compté, ni en bien ni en mal.
Les 24 organisations internationales ont toutes un site qui répond.
Une page sur un réseau social vaut mieux que rien. Mais elle n'appartient pas à l'organisation, elle peut disparaître ou changer de règles, et elle ne permet pas d'avoir une adresse de courriel à son nom.
Des pages trop lourdes pour les connexions du pays
C'est le constat le plus net, et il concerne tout le monde. La moitié des 38 pages d'accueil pèsent plus de 2,6 Mo. Vingt-quatre dépassent 2 Mo, six dépassent 5 Mo, et la plus lourde atteint 20 Mo. Deux seulement pèsent moins de 1 Mo.
38 sites mesurés le 11 octobre 2026. Relevé Action Plus Consulting.
Les sites haïtiens et les sites internationaux sont ici à égalité : le poids médian est de 3,0 Mo pour les premiers et de 2,6 Mo pour les seconds.
Nous avons mesuré deux fois chaque page dans la même soirée. Le poids n'a presque pas bougé. Le temps d'affichage, lui, a varié énormément : une même page a mis plus de deux minutes au premier passage et cinq secondes au second, simplement parce que la connexion avait changé. On ne maîtrise pas le réseau de ses visiteurs. On maîtrise le poids de sa page.
Les bases techniques sont là, il reste des finitions
Bonne nouvelle : les 38 sites mesurés ont tous un certificat de sécurité valide (le cadenas du navigateur) et sont tous prévus pour s'adapter aux téléphones.
Deux finitions manquent parfois. Trois sites, tous haïtiens, ne renvoient pas automatiquement le visiteur vers la version sécurisée quand il tape l'adresse simple. Et cinq pages, dont quatre haïtiennes, débordent de l'écran d'un téléphone : il faut faire glisser la page de côté pour tout lire.
La mise à jour, principal écart
Vingt-deux sites internationaux sur 24 affichent en page d'accueil un contenu daté de moins de six mois. Côté haïtien, c'est le cas de 7 sites sur 14. Cinq autres affichent un contenu vieux de six mois à deux ans, un de plus de deux ans, et un ne porte aucune date.
Un site sans nouvelle récente laisse une question au visiteur : cette organisation est-elle encore active ? Pour une structure qui cherche des financements, c'est la question à ne pas laisser sans réponse.
Des coordonnées visibles, mais pas de WhatsApp
Les coordonnées sont en général faciles à trouver. Sur l'accueil ou la page de contact, 33 des 38 sites donnent une adresse de courriel : 13 sites haïtiens sur 14 et 20 sites internationaux sur 24. La moitié des sites haïtiens proposent à la fois courriel, téléphone et formulaire, contre un tiers des sites internationaux.
En revanche, aucun des 38 sites ne propose de lien WhatsApp, alors que 35 renvoient vers Facebook. Pour des organisations dont le public utilise WhatsApp au quotidien, c'est une porte qui reste fermée.
Cinq gestes à la portée de toute organisation
1. Avoir son propre nom de domaine et noter sa date de renouvellement. Le perdre efface d'un coup le site et les adresses de courriel qui en dépendent.
2. Alléger la page d'accueil, en visant moins de 1 Mo. Le plus souvent, il suffit de réduire et de compresser les photos, et de retirer les vidéos qui se lancent toutes seules.
3. Publier une nouvelle datée au moins une fois par trimestre, même courte : une activité, un rapport, une photo de terrain.
4. Ajouter un lien WhatsApp à côté du courriel et du téléphone, sur toutes les pages.
5. Ouvrir son site sur un téléphone ordinaire, avec les données mobiles et non le Wi-Fi du bureau. C'est le test le plus simple et le plus honnête.
Les limites de ce relevé
Ce travail est une photographie prise un seul jour. Il porte sur la page d'accueil, pas sur la qualité du contenu ni sur le travail des organisations. L'échantillon vient d'annuaires de la coordination humanitaire : il penche vers les organisations les plus visibles, et les petites associations locales y sont peu présentes. Avec 14 sites haïtiens mesurés, les écarts donnent une tendance, pas une statistique nationale. Pour 18 organisations internationales, c'est le site mondial qui a été mesuré, faute de site propre à Haïti. Enfin, la date de mise à jour est celle qu'on peut lire sur la page : un site peut être à jour sans le montrer.
Nous ne publions aucun classement ni aucun résultat par organisation. Toute organisation active en Haïti, qu'elle fasse partie de l'échantillon ou non, peut nous demander gratuitement la mesure de son propre site, en nous écrivant depuis la page Contact.